Editorial du 29 janvier 2023

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Lire l’évangile autrement : Béatitudes en plaine ou en montagne ?

Père François-Xavier Wallays

 

 

Dans les évangiles il y a deux versions de l’enseignement de Jésus sur les béatitudes,

celle de Luc et celle de Matthieu. Et si nous les comparions ?

Matthieu nous dit que, voyant les foules, Jésus gravit la montagne alors que Luc nous

dit qu’en descendant de la montagne il s’arrêta sur un terrain plat et qu’il y avait là un

grand nombre de ses disciples et une grande multitude de gens venus de toute la Judée,

de Jérusalem, et du littoral de Tyr et de Sidon. Pourquoi ces différences ?

Peut-être peut-on y voir le fait que Matthieu nous présente Jésus comme le nouveau

Moïse puisque celui-ci était monté sur la montagne pour recevoir les « 10 paroles »,

c’est-à-dire les 10 commandements, gravées sur des tables de pierre.

Jésus lui aussi gravit le mont des béatitudes mais Il est la

Parole de Dieu gravée dans un cœur de chair. C’est bien lui

le pauvre de cœur, le doux, le persécuté pour la justice. Jésus

proclame ce que nous contemplons en tout ce qu’il est et en

tout ce qu’il fait : la manifestation de l’Amour du Père pour

nous.

Saint Luc, dans son évangile, fait souvent le parallèle entre Jésus et le prophète Elie.

De plus, il a le projet de montrer qu’il y a une continuité entre son récit évangélique

du ministère de Jésus pendant sa vie publique et son récit sur les débuts de l’Église,

dans les Actes des Apôtres, après la résurrection de Jésus. Or, il le présente passant

une nuit de prière sur la montagne puis appelant et constituant le groupe des douze

apôtres avant de retrouver ses disciples dans la plaine. Les Béatitudes dans ce

contexte-là sont donc la charte de vie donnée à l’Eglise qui vient de naître à travers

l’appel des 12. Désormais, leur dit-il, vous devez choisir entre deux chemins, celui des

anawims (disciples des prophètes) ou celui des riches, des repus et des notables qui

cherchent avant tout à jouir de la vie ici-bas.

Chez saint Luc, la dimension eschatologique des béatitudes est davantage marquée :

il s’agit de vivre tout de suite, radicalement, du bonheur qui sera le nôtre dans

l’éternité. Saint Matthieu, qui s’adresse à des juifs connaissant bien l’Ancien

Testament, leur fait percevoir la transformation intérieure proposée au disciple de

Jésus pour accéder au vrai bonheur.

Quelle béatitude vais-je essayer de vivre cette semaine ?