Se convertir à la Beauté

Le confinement a permis de mesurer ce vers quoi tendrait une société où les

relations se réduiraient à la communication d’informations, d’idées et d’émotions.

La situation particulière que nous avons vécue a posé de véritables questions : est-il

possible de se suffire des échanges par internet pour être heureux ? Une réalité

virtuelle suffit-elle ou a-t-on besoin du réel pour s'aimer ? Si, lorsque la vie est

menacée, seule la solidarité peut nous sauver, l’individualisme doit-il être remis en

cause ?

Le manque de la présence de l’autre, que nous avons tous ressenti, révèle que l’être humain n’est pas qu’un cerveau et un corps qu’il suffirait de nourrir de bonnes excitations pour le combler. Il est aussi une âme et un cœur. L’expérience de la fragilité, la possibilité devenue actuelle que la mort, de nouveau, frappe au hasard a amplifié cette perception.

Etre privés des activités qui dévorent notre temps et nous distraient à longueur

d’année, c’est aussi se retrouver face à soi-même. Les réseaux sociaux qui

prétendent être des lieux de communion révèlent alors ce qu’ils tendent à devenir :

des miroirs narcissiques. Se raconter sur le web à travers photos et « like » c’est en

effet confier à un réseau la fonction qui, dans toute société, relève du sage. Pour

faire la vérité en soi-même et faire des choix responsables, nous avons besoin d’une

oreille qui écoute, d’un cœur qui comprenne, d’une parole qui éclaire. Peut-on se

contenter du ressenti de l’opinion commune ?

Puisque nous décidons de l’image que nous postons de nous-mêmes, les réseaux

sociaux peuvent donner l’illusion que n’existe plus la partie plus sombre de nous-

mêmes, celle qu’on ne peut confier qu’à une personne qui nous aime

inconditionnellement c’est-à-dire, ultimement, à Dieu.

Saint Augustin a longtemps recherché la vérité à l’extérieur de lui-même.

Lorsqu’enfin il est entré en lui-même, l’y attendait la Beauté suprême. Et si Dieu

avait permis ce temps de désert pour nous guider vers notre cœur parce qu’Il nous y

attend ?

Et si notre conversion à la Beauté ne faisait que commencer ?